THÉÂTRE : LE REGARD D’ALEXANDRE KUBALA

Depuis cette année, nos petits reporters partagent leurs regards sur des activités pédagogiques, des voyages scolaires, des ateliers… Ils réalisent également des interviews.

Alexandre Kubala, élève en terminale, a intégré il y  a quelques années la troupe Maïti Girtanner du groupe scolaire Saint Jacques de Compostelle dirigée par Monsieur Gérard Lavayssière. Cet élève raconte cet article la manière dont il a préparé et vécu le rôle de Créon dans la pièce Antigone de Jean Anouilh.

Cette année, cette pièce a été interprétée à l’Atrium de Dax et à l’auditorium du groupe scolaire.

Article  d’Alexandre KUBALA, Terminale ES – 3 ans dans la troupe et 10 de théâtre du groupe scolaire – Créon dans la pièce Antigone 

Comment définiriez-vous votre personnage ? Quel regard portez-vous sur lui ?

Dans la version d’Anouilh, profondément différente de celle de Sophocle, Créon est loin d’être un tyran mégalomane. C’est un homme avant tout. Il est devenu roi de Thèbes par le malheur qui s’est abattu sur son frère Œdipe mais il n’a jamais voulu de cette puissance. Dans sa jeunesse, c’était quelqu’un de raffiné. Mais puisque le destin l’a voulu ainsi, il s’emploie à remplir au mieux ses fonctions. Il ne se prend pas pour un grand homme. Il n’a pas de grand projet, mais seulement une volonté de gestion quotidienne des affaires politiques. C’est un fonctionnaire qui, par renoncement et pour ce qu’il considère comme le bien commun, s’est soumis à la raison d’État. Lorsqu’ Antigone se dresse contre lui, ce n’est pas contre son oncle, mais contre l’État qu’il représente, or, c’est précisément ce que Créon estime le plus et ce pour quoi il a sacrifié sa vie.

Comment avez-vous préparé ce rôle ?

Personnellement, cela a été la première tragédie que j’ai eu à jouer. Si, pour la majorité du public contemporain, la tragédie est bien moins attirante que la comédie, pour les acteurs, le jeu auquel ils se livrent est source de plus de plaisir. Dans la tragédie, les sentiments sont démultipliés, les tensions sont à leur paroxysme, les oppositions violentes. La tragédie est vivante. Elle prend l’acteur, qui met alors tout son être dans cet affrontement contre le destin ou le personnage antagoniste. Rares sont les possibilités de mettre autant d’émotion, de vie, de bouleversement en si peu de temps et d’espace.

Quel regard portez-vous sur celui d’Antigone ?

Chez Anouilh, elle n’est pas porteuse d’un message divin et sa résistance n’est pas magnifiée. Elle est plutôt l’illustration d’une crise d’adolescence, d’une envie de liberté, de s’affranchir de ces carcans sociétaux – parmi lesquels la loi tient la première place – si pesants et étouffants. Antigone refuse toutes les compromissions au nom d’un idéal de pureté lié notamment à la nostalgie de l’enfance.

Qu’avez-vous apprécié dans la troupe de théâtre Maïti Girtanner ?

Ce que j’apprécie par-dessus tout dans une troupe de théâtre, c’est l’esprit qu’il y règne. Un esprit familial, d’accueil les bras grands ouverts, sans jugement, juste dans l’optique de prendre du bon temps ensemble entre gens qui s’apprécient vraiment et qui mènent un projet commun dans la joie et la bonne humeur, un peu brouillon au début, mais qui finit toujours par très bien rendre sur scène.

Que cela vous a-t-il appris ? Que diriez-vous aux élèves qui hésitent à faire du théâtre ?

En dehors du formidable épanouissement personnel sur le plan amical que mes 10 ans de théâtre – et plus particulièrement mes trois ans dans la troupe Maïti Girtanner – m’ont apporté, pratiquer le théâtre permet évidemment de développer son aisance à l’oral. Attention néanmoins à relativiser cet apport, car jouer une pièce est un exercice préparé, répété, durant lequel rien n’est laissé au hasard, contrairement à ce qui peut arriver dans le cadre scolaire. De plus, cela permet aussi de découvrir un art – le théâtre – et comment il fonctionne, ainsi que de grandes pièces et de grands auteurs, ce qui rentre dans le cadre d’une culture générale souvent favorisée en français. Enfin, monter une pièce est un travail d’équipe qui développe l’engagement et le sens de l’investissement pour le bien commun.

REPORTAGE TV LANDES SUR LA TROUPE MAITI GIRTANNER